Tanjore
(Thanjavur) incarne la puissance
de l'Inde sous la dynastie des Chola. Ils dominent, en effet, non seulement
le pays Tamoul, mais s'imposent aussi au Sri Lanka, à Java et
à Sumatra. Puissance militaire et économique majeure,
cette dynastie tisse un réseau commercial favorisant les échanges
avec la Birmanie, l'Indonésie et l'Indochine. Témoin de
leur opulence, Tanjore est célèbre pour l'impressionnant
sanctuaire de Brihadishwara, qui marque l'apogée de l'architecture
médiévale brahmanique.
- Temple de Shiva dit
Brihadishwara (XIe s.) :
Ce vaste sanctuaire fut édifié au XIe siècle par
Rajaraja, empereur des Chola entre 985 et 1014. Sa conception se situe
dans la tradition instaurée par les Chalukya et les Pallava.
Formé de vertigineux shikhara (tours) et d'imposants gopurams
(portes monumentales), ce superbe temple est entouré par une
muraille de 270 sur 140 mètres et par une deuxième enceinte
de 150 sur 75 mètres évoquant nos cloîtres. Dans
la vaste cour, un mandapa abrite un gigantesque taureau Nandi, le véhicule
de Shiva ; il est sculpté dans un seul bloc de granit. Cet ensemble
fait face au sanctuaire surmonté d'une tour qui culmine à
60 mètres de hauteur. La base de cette tour est disposée
selon la forme d'un mandala, c'est-à-dire un diagramme cosmologique.
C'est une véritable hiérarchie du monde divin qui se déploie
sur les degrés des shikharas et dans l'organisation générale
du temple. Une galerie à portiques ornée de peintures
du XIIe siècle relatant les gestes de Shiva abrite, sur 450 mètres
de longueur, des dizaines de lingam.
- A
Chidambaram s'élève
un gigantesque temple dédié à Shiva Nataraja (Shiva
seigneur de la danse). Le temple est protégé par une vaste
enceinte et comporte les gopurams, hautes portes monumentales richement
sculptées propre à l'architecture de l'Inde méridionale.
Une fois pénétré dans le temple, on découvre
groupés autour d'un très vaste réservoir d'eau
sacrée des galeries à portiques et des sanctuaires fréquentés
par les shivaïtes. Certains édifices sont agrémentés
d'une toiture recouverte d'or et couronnée de pinacles. Dans
le saint des saints, d'ordinaire réservé aux hindous uniquement,
est vénéré le Shiva linga ou lingam. Caractéristique
des temples Shaiva (dédiés à Shiva), c'est un symbole
abstrait et aniconique évoquant le rôle créateur
du dieu. L'iconographie de Shiva s'épanouit entre le VIIIe et
le XIIe siècles. La vénération cultuelle du Shiva
linga est un des faits les plus anciens connus à propos de cette
divinité ; on se souviendra que la civilisation de la Vallée
de l'Indus honorait déjà une divinité phallique.
En Inde du Sud, le " jeu " de Shiva avec le monde produira
la dernière forme iconique originale : la danse, où le
physique et le métaphysique sont en parfait équilibre.
C'est le thème des sculptures représentant Shiva Nataraja.
Cette iconographie doit beaucoup aux empereurs de la dynastie Chola,
Shaivas assidus. Grâce à leur mécénat, la
fonte d'œuvres cultuelles en bronze fut florissante dans tout le
sud-est péninsulaire. Ce furent ces empereurs qui, dès
le VIIe siècle, firent renaître l'idée du "
Danseur cosmique ". Selon l' Unmai vilakham chanté au temple
de Chidambaram, le Panchakritya, c'est-à-dire les " Cinq
accomplissements " de la divinité dans ce monde, est atteint
lors de cette danse cosmique.
CH